J’ai passé quinze ans à toucher des corps sans vraiment les sentir. C’est mon métier, masseuse, j’ai un cabinet à Rezé depuis dix ans maintenant. Des épaules nouées, des lombaires coincées, des nuques tendues. Je pose mes mains, je sens les tensions, je les dénoue. Professionnelle. Technique. Distante.
Sauf que depuis quelques mois, quelque chose a changé en moi. Je ne sais pas si c’est l’âge, si c’est le célibat qui dure, si c’est juste que mon corps me rattrape après toutes ces années à ignorer ce qu’il réclame. Mais maintenant quand je masse un homme, quand mes mains glissent sur sa peau chaude, quand je sens ses muscles se relâcher sous mes doigts, je ne pense plus seulement à la technique. Je pense à autre chose. À ce que ça ferait si c’était différent. Si c’était moi qu’on touchait comme ça.
Je rentre chez moi après mes séances et je suis électrique. Frustrée. Tendue exactement comme mes clients avant que je les masse. J’ai essayé la rencontre flirt en ligne mais les conversations tournent en rond, les mecs veulent des photos avant même de savoir qui je suis vraiment. Je cherche pas un plan cul vulgaire. Je cherche un homme qui comprend que le désir c’est pas juste physique, que ça commence dans les mots, dans l’attention, dans la façon dont on se regarde.
Voilà. C’est dit. Faustine, quarante-cinq ans, masseuse qui a envie qu’on la masse enfin.